Bord’eau Vaporetto
Intervenante à Floirac où une population ibérique est fortement ancrée, Marie Laure NOUQUERET, danseuse La Colorá, anima deux ateliers de danses flamencas, pour les écoles Léon Blum et Louis Aragon. Les premières classes s’achevèrent et furent reprises pour les répétitions de la grande Fête du Festin Culturel. Une centaine d’enfants y présentèrent, pour les plus grands, les sévillanes, danses traditionnelles de Séville, et pour les plus petits du flamenco, par l’interprétation d’une Soléa.
La Colorá articule ici « mémoire ibérique » et « art flamenco », autour de l’idée de Patrimoine Universel.
Parole d’artiste.
(édité dans la revue Bord’eau Vaporetto - 1994.)
Le Flamenco, art complexe et profond, impose le respect.
Sa forme artistique est noble et belle. Sa complexité sans faille, l’esthétique magique, chaudement métissée, le feu qui l’anime, cette fougue sauvage, cette profondeur terrible, lui donnent reconnaissance.
Pourtant il suggère inquiétudes et interrogations ; il est l’art occulte, pour ceux qui n’ont pas cherché à démêler et comprendre la trame de l’histoire des hommes.
Mémoire ibérique certes, mais…
Comment cet art si directement attaché à un coin de la planète peut-il toucher ou déranger tout être humain quelque soit son origine ethnique et sociale,
quelque soit son âge, sa langue ?
Il ne peut s’agir du simple charme d’un folklore pittoresque, ni même d’un séduisant style artistique.
Le Flamenco séduit, accroche, interpelle, mais ce n’est pas simplement par sa forme.
Bien sûr les mélanges culturels pressentis élargissent l’audience :
Art 100 % andalous, il englobe une fabuleuse constellation d’éléments étrangers, indiens, grecs, perses, arabes, juifs, chrétiens et musulmans.
L’Andalousie, terre d’accueil, a su, dès le 8 ème siècle, s’enrichir de ces rencontres et de ces échanges, approcher le sens universel de la vie,
bien avant que la sacro sainte inquisition n’abatte son joug…
Andalousie, terre de paix et de joie, de tolérance et de rencontre humaine, terre de beauté et de lumière, est cette chaleur qui anime et transporte.
Flamenco, art de la forge, marqué au fer gitan.
Peuple racé, vif, chaleureux, ils arrivèrent en Andalousie au XVème siècle, et devinrent vite parias d’une société qui su les encenser pour leur art,
mais les méprisa pour leur façon de vivre.
Riches de l’errance.
Le flamenco séduit, accroche, interpelle, touche, dérange, mais ce n’est pas par sa forme complexe, ni même son esthétique !
C’est par le cœur qu’il touche. Seul son contenu humain en fait un Art Majeur.





